Le mot de l’artiste

Mes premiers souvenirs de peinture naïve sont les tableaux aux couleurs tendres illustrés de petites maisons entourées de grosses fleurs d’Ivan RABUZIN, peintre croate, l’un des principaux représentants du courant naïf. Depuis j’ai toujours aimé ce style pictural qui dépeint des instants de la vie de tous les jours : des jeux d’enfants, des oiseaux, un baiser, l’amour, la tristesse, un marché, un anniversaire, un ruisseau, une montagne, la mer… dans de petites ou grandes histoires au sein d’un monde poétique, imaginaire, fantastique, loufoque ou humoristique.

J’ai appris les rudiments du dessin en suivant quelques cours du soir, que j’ai arrêtés très vite, avant de découvrir la peinture par moi-même, brûlant sans regret mes premiers tableaux qui n’étaient pas à la hauteur de mes attentes. Au fil de mes tâtonnements, j’ai compris qu’il était préférable que je peigne le monde comme je le ressens plutôt que de m’obliger à le reproduire tel que nos yeux le voient. Ce fut une véritable renaissance qui m’a progressivement amenée à pratiquer le naïf et non plus seulement l’admirer, même s’il m’a fallu dix ans pour en prendre conscience et l’admettre.

Malgré les apparences cette discipline (souvent qualifiée de façon méprisante d’art “pour les chambres d’enfants”) est – au moins pour moi – un style difficile qui demande beaucoup de travail, de patience et de persévérance. Ce n’est pas tant le fait de s’affranchir des contraintes généralement admises, comme la perspective académique, que le détail apporté dans la réalisation à laquelle, comme nombre d’autres naïfs, je m’astreins. Non pas que je me l’impose comme une discipline, mais parce que c’est ainsi que je voie le monde qui nous entoure : la beauté et la poésie sont souvent dans les détails.